Sur les traces des pélerins ...


Qui sont ces randonneurs, lourdement chargés, que l’on voit, de mai à octobre, traverser notre village, s’arrêter sur la place pour se rafraîchir à la fontaine, s’asseoir sur les marches de l’église, pousser la porte de la mairie ? C’est bien volontiers qu’ils répondent à notre bonjour et nous expliquent qu’ils marchent sur le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle... Randonneurs ? Pèlerins ? Jacquets ? D’où vient depuis quelques années cet engouement pour le « Chemin » ? Jeunes ou retraités, seuls ou en groupe, où vont-ils ? D’où viennent-ils ? Qui sont-ils ? Pourquoi traversent-ils notre village ? Pour répondre à nos interrogations, nous nous sommes intéressés à l’histoire de ce pèlerinage et de son chemin au fil des siècles.
Au début, était la religion...Replongeons-nous en Espagne au Moyen-Age (VIIIème-XIIIème siècle)… Les chrétiens reconquièrent peu à peu la terre aux musulmans, c’est « La Reconquista ». Là, commence l’histoire de Compostelle : au IXème siècle, un miracle permet la découverte d’un tombeau et de reliques attribués à Saint-Jacques (Jacques le Majeur, apôtre de Jésus, mort martyr en 44, sa mission évangélisatrice l’avait mené jusqu’en Espagne). Des miracles se produisent et les pèlerins commencent à affluer vers Compostelle. Dès les premières années du XIème siècle, l’Evêché d’Iria y est transféré, le roi Alphonse VI débute la construction d’un sanctuaire : l’actuelle cathédrale.
La dévotion à Saint-Jacques prend une autre dimension quand est racontée, partout en Europe, de châteaux en sanctuaires, l’intervention de Charlemagne pour sauver le tombeau de l’apôtre qui risquait de tomber aux mains des sarrasins. Progressivement, l’apôtre Jacques le Galiléen devient Saint-Jacques de Compostelle.
A côté des sanctuaires plus anciens, comme celui du Puy, un nouveau pèlerinage était né.
Les quatres voies historiques et les principaux
itinéraires d'approche, limités à ceux ayant fait
l'objet d'une docimentation ou d'un balisage
Le Chemin de Saint-Jacques . . .
La première mention du Chemin de Saint-Jacques apparaît dans des écrits du XIIème siècle (chronique de Turpin) qui relatent la vision de Charlemagne : Saint-Jacques lui apparaît en rêve et lui montre, dans le ciel, une sorte de chemin formé d’étoiles, qui commençait à la mer du Nord et, se dirigeant entre la Germanie et l’Italie, entre la Gaule et l’Aquitaine, passait tout droit à travers la Gascogne, le Pays Basque, la Navarre et l’Espagne jusqu’en Galice.
Dans la réalité, cartographier les chemins « historiques » qu’empruntaient les pèlerins est une mission improbable et qui serait contestée. Une coquille, une statue, une fresque, une chapelle, un sanctuaire liés à Saint-Jacques ne suffisent pas àauthentifier un chemin. Les pèlerins qui se rendaient en Galice, empruntaient les voies de communication de l’Antiquité qui existaient déjà. Pour simplifier : quatre routes menaient à Saint-Jacques, se réunissant en une seule à Puenta la Reina en Espagne. L’une partait d’Arles, l’autre du Puy en Velay, la troisième de Vézelay, la dernière de Tours.
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DISTANCES
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JUSQU'A LA
FRONTIERE ESPAGNOLE
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DE LA FRONTIERE
A COMPOSTELLE
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TOTAL
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Le Puy en Velay (Via Podiensis)
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750 km
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780 km
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1530 km
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Arles (Via Tolosana)
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740 km
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850 km
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1590 km
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Vézelay (Via Lemovicencis)
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900 km
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780 km
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1680 km
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Tours (ViaTuromencis)
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680 km (+280 depuis Paris)
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780 km
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1460 km
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. . . En Rhône-Alpes, la Via Gebennensis (Genève/Le Puy - 350 km - 18ème étape)

Si une grande partie des pèlerins partaient pour Compostelle de ces quatre lieux de regroupement jacquaire, un certain nombre commençait leur pèlerinage plus en amont, de villes plus proches de leur lieux d’habitation. La route débutant à Genève fait partie de ces itinéraires rattachés à une voie principale, traversant la Savoie et le Dauphiné pour rejoindre le Forez. En 1993, dès sa création, l’Association Rhône-Alpes des Amis de Saint-Jacques est amenée à réfléchir à un itinéraire jacquaire contemporain, appuyée par l’Association Jacquaire Suisse. Devant l’intérêt et la fréquentation de ce chemin, la Fédération Française de la Randonnée Pédestre l’a intégré comme chemin de Grande Randonnée : le GR65, balisé du traditionnel « blanc/rouge » et Le GR65 en Rhône-Alpes de la « coquille européenne » était né et nommé Via Gebennensis.
. . . de Saint Romain de Surieu à Chavanay (18 km - 12éme étape).
Avant de franchir le Rhône, le Chemin traverse Clonas d’Est en Ouest sur environ 6 km.
En fin d’étape, les randonneurs, fatigués et à la recherche d’un hébergement, peuvent trouver dans notre village trois points d’accueil.

(Pour visualiser l'image : cliquez sur le N° correspondant)
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Nos sites de référence
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Histoires de pélerins
Nous avons demandé à Daniel EYDAN, Nathalie et Mathieu FORCHERON, Catherine HERVOUET, hôtes à Clonas sur le Chemin de Compostelle de nous aider à mieux connaître les attentes et les habitudes des pélerins du XXIèmesiècle.
Daniel EYDANT « J’héberge 40 à 50 pèlerins par an, de mars à novembre. Je leur fournis une salle de bain, une chambre avec plusieurs couchages, bien souvent le repas du soir et leur propose le petit-déjeuner du départ, qui est souvent très tôt. Je leur offre la possibilité de faire leur lessive. A leur arrivée, le plus impressionnant : c’est leurs pieds ! Les pèlerins ont tous les âges, mais ce sont surtout des retraités. Ils viennent d’Allemagne, de Suisse principalement, mais il y a aussi des Belges, des Espagnols, des Français… Cette année, j’ai eu des Américains et même un Coréen ! Un quart d’entre eux va jusqu’à Saint-Jacques, et il faut compter environ 3 mois. En moyenne, ils font 25 km par jour. On ne leur demande pas quelles sont leurs motivations. Ils sont d’ailleurs très discrets et en parlent très peu.
Je téléphone au prochain hébergeur, en aval, susceptible d’accueillir les pèlerins au bout de l’étape suivante. »
Catherine HERVOUET « En 1998, quand les membres de l’Association Rhône-Alpes (A.R.A.) ont balisé le sentier, ils ont constaté le manque de maisons d’accueils. Ils sont alors venus nous voir… On a d’abord reçu les pèlerins « comme on pouvait » : il y en avait même qui couchaient dans notre cour, sous une tente. A présent, on est inscrit comme « Accueil » sur le « Guide du Pèlerin ». L’ARA est d’ailleurs toujours en recherche d’Accueils. Le souhait des pèlerins, quand ils arrivent ? Un bon lit ! Parce qu’ils sont très fatigués !
La nourriture, c’est secondaire ! Il y a des pèlerins qui ne font que des étapes de 8 jours. Il me semble que ce sont surtout les Autrichiens qui font l’itinéraire complet.»
Nathalie et Mathieu FORCHERON « Comme nous avons fait beaucoup de travaux, nous avons décidé d’être « hébergement chez l’habitant » et d’appliquer un prix fixe.
Les pèlerins nous demandent souvent des repas simples et typiques d’ici. Comme nous avons un jardin, nous leur préparons de la salade, des légumes et ils sont enchantés ! Ils adorent aussi boire du vin…il ne faut pas le leur enlever ! La 1ère chose : enlever les chaussures ! Après, prendre une douche, étendre leur linge et aussi accéder au téléphone et à internet. »
Et tous de raconter quelques anecdotes
Nathalie et Mathieu : « Un soir, un père et sa fille nous ont demandé s’ils pouvaient dormir dans la grange ! La veille, ils avaient déjà dormi dans le foin !
Catherine : Oh ! Et ce groupe de pèlerins qui voulait chanter dans l’église ! J’ai fait en sorte de les satisfaire ! Et j’ai cette demande pratiquement chaque année ! Une autre fois, c’était pour le Jour de l’An ! Quelqu’un frappe à la porte… On ouvre : un jeune couple de pèlerins… pour le Jour de l’An ! Personne n’avait pu les héberger ! Alors, nous les avons accueillis ! Un jour, un Allemand est arrivé avec un très gros chien ! Très sage, d’ailleurs. Il n’était pas parti avec un âne, mais avec un chien ! J’ai même eu un pèlerin en calèche ! »
Daniel : « Et cette ethnologue, professeur à Paris ! Elle est partie sur un coup de tête, a rempli un sac à dos… Mais elle est restée en relation avec ses élèves pour leur dispenser ses cours ! Et ce Monsieur de Saint-Gall, musicien-luthier belge, il avait fabriqué une guitare spécialement pour qu’elle rentre dans son sac à dos !
Je me souviens encore de cet homme qui n’était pourtant pas un marcheur… Il avait voulu partir seul, peut-être loin de sa femme ?
Pour financer son voyage, il avait vendu sa moto ! »
LEXIQUE
La coquille, dans l’Antiquité, est symbole d’amour (coquille de Vénus), protège des mauvais sorts et des maladies. A ce titre, elle s’impose comme attribut de l’apôtre et prend le nom de « coquille Saint-Jacques ». Au début, les pèlerins se contentent de coquillages qu’ils trouvent sur la plage et qu’ils ramènent chez eux en souvenir. Petit à petit, cousue sur le chapeau, sur le sac ou sur le manteau, elle devient l’emblème, non seulement des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, mais de tous les pèlerins. En plus de son pouvoir protecteur, elle permet de se distinguer des autres voyageurs, de boire dans les fontaines ou de demander l’aumône car, à la vue de la coquille, la charité devient devoir. La coquille symbolise l’accomplissement du pèlerinage, la récompense suprême.Le bourdon, ou bâton de pèlerin, est à l’origine plus petit que le marcheur et à un seul pommeau. Par la suite, il est représenté plus grand que lui avec deux pommeaux. Ses deux principales fonctions :aider à la marche « comme un 3ème pied » et défendre le pèlerin « contre le loup et le chien ». Avant son départ, le pèlerin demande au prêtre de sa Paroisse de bénir son « bourdon ».
La crédenciale, ou « carnet du pèlerin », est une lettre d’accréditation délivrée aux pèlerins par les Associations Jacquaires ou les représentants de l’Eglise (c’est alors la créanciale). Elle s’adresse exclusivement aux marcheurs, cyclistes et cavaliers pérégrinant vers Compostelle. Elle permet au pèlerin de justifier de sa qualité et d’accéder aux refuges en France et en Espagne, où elle est indispensable; de récolter, à chaque étape, un tampon et l’indication de la date de passage permet à son porteur de justifier l’itinéraire parcouru pour l’obtention de la Compostela, à son arrivée à St-Jacques de Compostelle.
La compostela est un certificat officiel délivré au Bureau des pèlerins de la cathédrale de Compostelle sur présentation de la crédenciale, qui doit comporter impérativement deux tampons par jour pour les 100 derniers km accomplis à pied ou à cheval ou les 200 derniers km accomplis à vélo.
Noms donnés aux pèlerins
Les pèlerins de Saint-Jacques se sont vus attribuer plusieurs noms selon les époques. Le plus connu est « jacquet », étymologiquement, « celui qui va à Saint-Jacques ». Les noms « jacquaire » et « romieu » furent également usités.
Les pèlerins en chiffres
1997 : 2 000 pèlerins en partance pour Compostelle sont recensés à Saint-Jean-Pied-de-Port.
2002 : plus de 17 000 marcheurs ont emprunté les chemins, dont 42% de femmes et 58% d’hommes.
A Santiago, 60 000 pèlerins environ reçoivent la Compostela chaque année, pour 4 millions d’autres visiteurs, et plus du double, les années saintes.
Balisage du Chemin
Le GR 65 est balisé en blanc-rouge, comme tous les chemins de Grande Randonnée, et avec des coquilles européennes, bleues et jaunes. Chemin de Compostelle, Conseil de l’Europe et UNESCO
• 1987 : classement de l’ensemble des Chemins de Compostelle comme « Premier Itinéraire Culturel Européen ». La coquille européenne devient l’emblème pour le Chemin de Saint-Jacques.
• 1998 : inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO de 7 tronçons et 71 bâtiments du Chemin de Saint-Jacques/GR65.
Saint-Jacques de Compostelle

• En espagnol, Santiago de Compostela.
• Ville d’Espagne, dans la province de la Corogne, en Galice.
• Population : 93 273 habitants en 2002.
Compostelle
Etymologie proposée depuis le 19ème siècle pour cette ville : « campus stellae » ou champ de l’étoile en référence à la légende qui veut que la sépulture de Saint-Jacques en Galice ait été miraculeusement retrouvée par la grâce d’une étoile, qui se mit à briller avec insistance au-dessus d’un champ dans lequel on a effectivement retrouvé le tombeau.
L’expression « Chemin de Saint-Jacques », autre nom de la voie lactée, était déjà connue en 1119 en référence au rêve de Charlemagne.
L’année sainte compostellane, année jubilaire ou jacquaire survient chaque fois que la fête de Saint-Jacques, le 25 juillet, tombe le dimanche, ce qui se produit 4 fois tous les 28 ans. 2010 sera une année jubilaire. La tradition attribue au pape Calixte II (1119-1124) d’accorder en 1122 le premier « jubilé plein de l’année sainte » qui permettait aux pèlerins de bénéficier de l’indulgence plénière (rémission totale des péchés). En 1179, le pape Alexandre III confirmera ce privilège qui fait de Saint-Jacques de Compostelle une ville sainte, l’égale de Rome et Jérusalem.
Mis à jour ( Mardi, 09 Novembre 2010 07:32 )